Livre d'or de Sylaphianes

livre d'or du site consacré à l'écriture du roman
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Confessions d'un ange (version finale, j'espère)

Aller en bas 
AuteurMessage
Nelofer
Admin
avatar

Féminin
Nombre de messages : 189
Age : 36
Localisation : Rouen (76)
Perso préféré dans "Syla"? : Bonne question, peut être Fréo!
Date d'inscription : 05/01/2007

MessageSujet: Confessions d'un ange (version finale, j'espère)   Sam 29 Sep - 6:56




Chap 1: Un pigeon en quête de savoir


Curiosité, mépris et haine me suivent à mesure que j'avance entre ces murs ponctués de grands panneaux vitrés. Derrière leurs carreaux, les employés m'observent de leur bureau au lieu de bosser.
Je marche dans ce dédale de couloirs de pierre depuis des heures! Comme si je n'avais que ça à glander!
Encore un croisement. J'ai le choix entre un couloir de pierre transpercé de fenêtres et... Deux autres couloirs de pierre percés de fenêtres! Merveilleux!

Comme me disait mon chef adoré: « tu vas voir c'est très simple: tu vas à gauche, puis à droite, puis encore à droite puis tu vas tout droit et enfin à gauche... » Ou peut être était-ce à droite?
Je crois que j'ai perdu le fil à ce moment-là! Heureusement il m'a filé un plan... Une grande feuille pliée en quarante imprimée d'une toile d'araignée géante et couverte de hieroglyphes ! Hyper utile le plan, j'y comprends rien, j'en ai vraiment ras le bol!
Il est où ce putain de département ? C'est même pas indiqué!
Je m'arrête et jette un regard courroucé à un panneau collé contre la pierre à la limite du plafond - ils voudraient qu'on ne le voit pas ils s'y prendraient pas autrement - « Département de la luxure ».
Et merde! Je me suis complètement planté! Je lâche un grondement de colère en baissant le regard et tombe nez à nez avec un visage à la fois hilare et silencieux. Derrière la fenêtre la plus proche, un gros homme aux allures de taureau frappe le verre de son poing griffu tandis qu'il s'esclaffe en silence, plié en deux. Mon agacement cliquette quelque-part dans ma nuque, je demande sèchement au type:
-Qu'est ce qu'il y a de drôle là dedans?
Il rit toujours, se moquant ouvertement de moi. Aux contractions dans la nuque s'ajoutent des spasmes nerveux dans mes poignets. Je sens l'énervement me gagner pour de bon. L'autre fait signe qu'il n'entend pas. Je sais que la vitre est insonorisée, mais la frustration bouillonnante qui me retourne les entrailles depuis trois bonnes heures explose et écartant les bras je crie face au monstrueux rigolard:
-QU'EST-CE QU'IL Y A DE DROLE?
L'autre se bidonne tellement qu'il manque de s'écrouler au sol, incapable d'articuler, il se contente de taper du doigt sur la vitre pour que je regarde derrière moi. Je me retourne. En face, une autre fenêtre s'étire sur un bureau aussi miteux que tous les autres, y compris le mien: une table, un clavier digital, un écran et un tabouret. Un autre homme à la charpente plus frèle et aux cheveux couleur terre s'affaire dans la pièce. Je vois l'origine de l'hilarité du gros type. Il martyrise avec des mimiques grotesques ce qui me semble être une petite poupée de chiffon grise dont arrache des lambeaux avec délectation... Y a rien de drôle! Soit le minotaure est attardé, soit j'ai raté un truc... Je m'approche par curiosité et le petit homme aux cheveux boueux m'aperçois du coin de l'oeil. La bouche déformée, dégoulinante de bave et les yeux hors de la tête il se jette alors contre la fenêtre, provoquant chez moi un réflexe de recul. Sa mine scurille semble sculptée dans le sadisme. Cette idée tord mes lèvres en une expression dégoutée. Il plaque alors sur le carreau l'amas gris qu'il épluchait deux secondes auparavant.
-Haaa! Je recule et trébuche de surprise, ce qui manque tuer de rire à peu près tous les employés qui sortent maintenant la tête de leurs bureaux. Ils gloussent comme une bande de dindons dégénérés.
Ce taré torturait un pigeon, lui arrachant les plumes une par une, le disséquant. Il a dû lui faire avaler un truc pas net, de la mousse blanche sort de son bec et il suffoque. L'abdomen ouvert, ses entrailles gluantes collées contre le verre, la pauvre bête agonise.
-Connards!
Je sens mon coeur se comprimer sous le poids de leurs moqueries. Je ne m'y habituerais jamais! Je traverse le couloir, bousculant d'un coup d'aile ceux qui se trouvent sur mon chemin. J'entends les rires se répercutter sur la pierre derrière moi, ponctués de quelques plaisanteries hostiles:
-Eh t'en vas pas p'tit pigeon, on va s'marrer!
-Il retournes dans les jupons de son chef le petit oiseau!
Mon chef! Ils feraient moins les malins s'il était dans le coin! Cette pensée fait naître un sourire malveillant au coin de mes lèvres. Mon coeur se desserre. Ce n'est qu'une bande d'abrutis frustrés!

*** *** ***


J'accélère pour tourner au bout du couloir. Je veux mettre plus de distance entre eux et moi. Un graffiti à la peinture rouge salit l'un des mur, j'y jette un oeil curieux: « Lucifer est un lâche ». J'imagine un instant le sort qui a surement frappé l'auteur de cette phrase: les limbes, ou pire: les sous-mineurs... Un frisson me parcourt la nuque, il faut être complètement fou ou stupide pour s'attaquer ainsi au roi de l'enfer! Ces temps-ci pourtant, ce genre de slogan s'étale de plus en plus dans les couloirs...
Une ombre mouvante apparaît à mes pieds au moment où j'atteins le croisement. Je l'aperçois au dernier moment, mais trop tard. Collision.
BONG
Une grosse cloche de cuivre s'écrase sur le parquet limé, je manque de perdre l'équilibre à côté d'un jeune homme de petite taille et un peu enrobé, les cheveux ternes, habillé comme un premier de la classe qui est étalé de tout son long au milieu du couloir.
-Désolé... Je m'excuse par réflexe. Je n'attends pas de politesses. Le petit homme se relève et attrape la grosse cloche puis lève la tête vers moi. Je crois voir ses sourcils se lever en une expression de surprise, mais il retrouve presque instantanément un air impassible et déclare calmement en regardant mon col de blouson:
-C'est rare! Commente le petit homme d'une voix aussi douce que celle de gonds de porte mal huilés.
-Quoi?
Il fixe ses yeux sur ma bouche l'air perplexe, j'avais lâché mon « quoi » avec brusquerie, presque avec agressivité.
J'ajoute:
-Désolé, je suis sur les nerfs...
-C'est ce que je disais, c'est rare... Continue le petit bonhomme en lissant son pantalon.
Bizarre ce type... Je demande avec méfiance:
-Qu'est-ce qui est rare?
-L'amabilité...
Je suis soulagé, enfin quelqu'un qui me parle normalement, risquant un sourire, je m'exclame alors:
-Ah ça!
-Je m'appelle Belaam. Me dit il d'un ton me rappelant celui du code civil.
Je pense très fort « tans mieux pour toi...Qu'est-ce que tu veux que ça me foute? » . Je n'ai qu'une seule hâte: trouver ce fichu département, mais regardant de plus près le look de stagiaire-archiviste du bonhomme une idée me vient: avec une dégaine pareille et un tel formalisme, y a une chance qu'il sache où je dois aller.
J'enchaîne alors, aussi chaleureux que possible:
-Content de te connaître Belaam... Tu saurais où trouver le département de la connaissance?
-Oui évidemment! Me répond-il catégorique.
Je sens l'énervement remonter en moi comme un ver escalade une taupinière... J'en ai ras les plumes de tous ces petits sous-fifres qui se croient supérieurs à tout le monde.
Je réponds sèchement:
-Et pourquoi évidemment?
Il ne semble même pas remarquer mon changement d'intonation:
-Primo parce que j'y travaille, secundo parce que c'est indiqué! Me répond-il apparemment choqué par la faiblesse de mon sens de l'observation.
-Quoi? J'ai cherché partout le panneau je l'ai pas trouvé...
-Regarde! Il me montre du doigt un minuscule panneau flèché beige - contre pierre beige plus clair - au ras du sol, sur lequel je peux lire écrit en lettre grises: « tour du savoir ». Pendant que je me demande comment une personne normale pourrait chercher des indications au ras du sol, Belaam ajoute avec ce qui ressemble à de la pitié:
-Allé je t'emmène!
-Et c'est le département de la connaissance ça?
-Oui... Tout le monde le sait...
-Pas moi!
-Tu devrais...
J'ai comme une envie de meurtre qui me traverse l'esprit, comme un éclair de folie pendant que je marche derrière le petit Belaam. Rapide mais agréable, la fugace pensée de son corps mutilé me détends. Je ne suis pas quelqu'un de mauvais, mais je ne supporte pas qu'on se fiche de moi.
Je me reprends:
-Bref...
-humm? Belaam ne semble pas perturbé par mes changements d'humeur, c'est comme si tout lui était indifférent.
-Comme ça tu bosses au département de la connaissance? Je tente de rétablir une conversation civilisée.
-Oui...
-A quel échelon?
-Et bien, premier... Répond-il lentement. Mais on m'assigne quand même des tâches importantes! Se défend-il soudain comme si travailler au premier échelon était la pire des humiliations pour une personne de son envergure.
-Genre?
-Et bien, j'ai bossé sur l'élaboration de la dernière version de la console omnisciente.
Je lâche un sifflement admiratif... et j'enchaîne impressioné:
-Vraiment? Mais alors tu dois être vraiment intelligent pour qu'on t'ai proposé un projet aussi important?
-Oui, bien-sûr! Je ne suis pas au service de Phénix pour rien!
Ce débordement de vanité commence à m'agacer, mais ma curiosité prend le dessus. Je lui demande:
-Tu sais comment marche la console?
-Oui ! Qui ne sait pas ça? Il tourne les paumes vers le plafond tout en inclinant la tête mimant l'évidence.
Je lui réponds en haussant les épaules:
-Moi je l'ignore... Je lui adresse un regard interrogateur et il lève des sourcils incrédules.
J'ai envie de le frapper ! Il me prend vraiment pour le dernier des abrutis ! Je ne supporte pas qu'on me méprise, mais je me contrôle ! Je n'ai pas envie de lui donner l'occasion de me perdre dans ce labyrinthe.
Tout en continuant de marcher le long de cet interminable couloir, il déballe à la manière d'un maître de conférence:
-Et bien écoute, le fonctionnement de base est très simple, la console en elle-même n'est qu'un gros ordinateur, rien de plus! Mais ce qui est vraiment intéressant c'est la manière dont elle a été reliée au flux éthérique...
Interloqué je lâche:
-Au quoi?
-Oui... Comment vais-je pouvoir t'expliquer ça... Euh...
Il se gratte le menton en regardant le plafond, apparemment surpris par mon incommensurable ignorance. Sans doute cherche-t-il la manière la plus simple d'expliquer une chose compliquée, comme il le ferait avec une gargouille encore plus stupide que les autres...
L'agacement se compresse en moi, se modèle et prend la forme d'une petite créature rageuse qui flanque des coups de pieds dans mon estomac à chaque mimique de supériorité de Belaam.
-Le flux éthérique est l'énergie spirituelle, elle utilise des courants pour circuler que nous appelons flux polarisés.
Je ne comprends rien à son charabia ésotérique. Tentant de cacher mon irritation, je demande:
-Mais qui produit ce flux éthérique?
-Les humains évidemment! Lâche-t-il visiblement atterré par l'élévation de mon degré de stupidité. Il continue sur sa lancée les yeux fixant le bout du couloir:
-Lorsqu'ils prient, qu'ils souhaitent, qu'ils pensent, qu'ils désirent ou qu'ils projettent des idées, des envies, des sentiments... Ils envoient de l'énergie spirituelle positive ou négative, qui alimente les flux éthériques.
Je ne pige rien à ses histoires d'énergies spirituelles, j'en ai marre. Sans aucun enthousiasme, je lâche:
-Super! Et ça nous sert à quoi exactement?
-Au fonctionnement de l'omniscience biensur! S'exclame-t-il comme s'il venait de m'annoncer que deux plus deux font quatre. Je réprime mon envie de le planter là en songeant que j'arriverais plus vite à destination avec lui.
-Hein? Le mot « omniscience » frappe ma conscience et sa résonance focalise de nouveau toute mon attention sur le discours du petit bonhomme, oubliant un peu la bébête qui joue au foot avec mes boyaux.
-Un humain ne sait rien, ou si peu de choses... Recommence t-il. Ravi de l'attention nouvelle que je lui accorde il s'enfièvre et sans pour autant m'accorder un regard, il explique:
-...Mais LES humains savent presque tout, ils sont une source d'info-live très intéressante. C'est d'ailleurs de cette manière que l'autre procède aussi...
L'autre, c'est Dieu, beaucoup de démons évitent de l'appeler par son nom. Comme pour nier l'importance de son existence, ou pour bannir à tout jamais leur passé d'ange. Je doute néanmoins que Belaam ait jamais connu le paradis, il est sans doute ici depuis sa naissance.
Je deviens sceptique:
-Dieu à une console?
-Nooon, je pense qu'il n'en a pas besoin, il doit être directement reliés aux flux éthériques. Je dirais même qu'en réalité, c'est nous qui piratons sa ligne privée... D'ailleurs notre installation n'est pas encore parfaite, nous n'avons accès qu'a des données partielles!
-Ah bon? Pourquoi?
Finalement ce petit être est intéressant si l'on passe au-dessus de ses manières prétentieuses, de sa voix grinçante et de ses regards fuyants.
-Et bien, nous n'avons pas encore réussi à nous connecter aux flux de basse fréquence, c'est-à-dire le commun des mortels, ceux qui n'apportent aucune puissance à leurs pensées. Nous sommes obligés de nous servir de relais. Mais ça donne déjà de bons résultats!
Je suis un peu déçu, je partage le fond de mes pensées avec Belaam:
-C'est bizarre moi qui voyait une sorte de pouvoir mystique la-dessous, un pouvoir qui n'appartiendrait qu'à Lucifer... A l'image de Dieu je le croyais capable de tout savoir...
Belaam étouffe un gloussement qui se transforme en gargouillement au fond de sa gorge avant de répondre:
-Non, Lucifer n'a pas ce pouvoir. Non non.. Mais Lucifer a quand même été assez malin pour imaginer le concept de la console. Et puis tu n'as pas tors, il y a de la magie là-dessous, on ne connecte pas les flux éthériques avec des cables. Et nos relais ne ressemblent pas à des paraboles... Tiens on est arrivé!
J'écoutais avec tans d'attention que je n'ai pas vu que le couloir se terminait en cul de sac.
Devant nous, sur le mur de grosses pierres froides, se découpe une immense porte à double battant. Elle doit mesurer au moins huit mètres de haut! Elle est majestueuse et effrayante, toute de bois foncé, renforcée de plaques de fer forgé et décorée de signes bizarres que je n'ai jamais vu nulle part.
Elle est troublante et impressionnante, je m'extasie intérieurement devant la beauté inquiétante de cette oeuvre architecturale puis je demande à Belaam:
-Qu'es ce que c'est que ces signes?
Cette porte semble sortir tout droit d'un film d'horreur à gros budget. Je m'imagine déjà ouvrir avec peine un battant de cette merveille sculptée. Son gémissement amplifié par le silence d'un manoir faiblement éclairé, baignant dans un luxe démodé, poussiéreux et surement hanté.
Pour la première fois Belaam semble très gêné par ma question et dans un murmure à peine compréhensible je crois distinguer ces mots:
-ho, heu je ne sais pas trop...
Sans peine, sans grincement, il pousse alors le battant de droite. Une lueur jaune s'infiltre dans l'interstice qui s'élargit devant moi projetant sur mon cliché une lumière incongrue, je ne m'attendais pas à ça.

(Fin du premier chapitre)


Dernière édition par le Lun 10 Déc - 8:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://sylaphianes.site.voila.fr/index.html
Nelofer
Admin
avatar

Féminin
Nombre de messages : 189
Age : 36
Localisation : Rouen (76)
Perso préféré dans "Syla"? : Bonne question, peut être Fréo!
Date d'inscription : 05/01/2007

MessageSujet: Re: Confessions d'un ange (version finale, j'espère)   Lun 10 Déc - 8:01

Chap 2: Leçon de communication



Mes pas résonnent sur le plancher noir et brillant qui recouvre toute la pièce. Elle est immense, ronde et entièrement faite d'un marbre gris très foncé. De grands bougeoirs sur pied diffusent une lueur chaleureuse qui contraste agréablement avec les murs glacés.
Cette pièce ressemble à un sanctuaire, aucune décoration ni aucun meuble à part un demi-cercle de pierre au milieu. Nous avançons vers le comptoir abandonné au centre de la pièce vide sur lequel une caisse scellée en métal semble se recueillir.
Il ne peut pas s'agir d'un vestibule, il n'y a qu'une seule grande porte et je sais déjà ce qui se trouve derrière: un couloir percé de fenêtre...
Je me demande si Belaam ne s'est pas foutu de moi, c'est désert. C'est alors que le regard tourné vers le plafond, Belaam, extatique, s'exclame:
-C'est impressionnant hein?
C 'est ça! Je vois vraiment pas en quoi! Il me fait perdre mon temps. Je prépare une phrase cinglante pour lui expliquer mon point de vue en levant machinalement les yeux pour suivre son regard. Le monde semble défaillir sous mes pieds et je me raccroche discrètement au rebord du comptoir. Le plafond n'est pas visible, trop haut, beaucoup trop haut. Des plateformes rondes découpent le puit obscure en rondelle de marbre de plus en plus sérrées jusqu'à se perdre dans un gouffre noir infini. C'est comme avoir le vertige à l'envers! Tel une tour gigantesque qu'on aurait retournée comme un gant. Là sur des centaines d'étages, des démons de toutes envergures consultent et classent ce qui paraît être toutes les connaissances passées et présentes de l'humanité entière sur tous les supports possibles et inimaginables: de la stèle de pierre jusqu'aux micro-puces.
Le coeur au fond de mes baskets, je fixe le bout de mes pieds un instant, histoire de reprendre contact avec le sol. Comme dans un ferry par mauvais temps, le regard dans le vague, je m'adosse au comptoir attendant que le vertige passe. Drôle d'impression que le vertige pour quelqu'un qui passe son temps libre à voler.
-Alors! c'est beau hein?
J'en avais presque oublié le petit Belaam, je le regarde, il scrute le plafond inaccessible, ce qui attise encore ma nausée. Je décide de changer de sujet:
-Et cette console? On en était où? Il baisse le regard sur ses chaussures et je sens mon estomac se calmer.
-Les relais non?
-Ah oui c'est ça! Les relais...
Tans qu'il ne regarde plus le ciel, il peut bien me faire un cours de trois heures je m'en fout.
-Et bien comme je te disais, nos relais ne sont pas des artefacts mécaniques et inertes, nos relais sont des humains particuliers.
-Ah oui? Quel genre? Mon intérêt se réveille, balayant ce qui reste de mon malaise.
-Des sorciers, des mages noirs... Des religieux de chez nous...
-Comment ça « de chez nous »?
Il fait le tour du comptoir et s'installe derrière. Sans jamais croiser mon regard, le sien passe des murs aux bougeoirs, de la porte à la caisse de métal... Il continue son discours:
-Des accrocs de démonologie et de magie démoniaque, des humains tombés dans l'ésotérisme et qui se sont procurés les bons outils, les bons textes... La plupart du temps ils réussissent à contacter des démons mineurs qui se font passer pour Asmodée, Belzebuth, Azazel... Et même Bélial ou Lucifer... Ces humains n'y voient que du feu...
Je suis complètement sidéré:
-Et les princes démons tolèrent ça ?
-Biensur! Ces démons mineurs sont des employés de la tour! Si ça peut permettre de maintenir la console en état de fonctionnement... De toute manière ces contacts ne sont pas réguliers, c'est surtout pour entretenir l'interêt des « prêtres » ou leur donner des missions précises. On leur accorde quelques petites faveurs et en échange ils nous fournissent tout leur savoir grâce à la connexion qu'ils établissent entre leur esprit et les flux polarisés. En priant ils se concentrent et dégagent une énergie suffisante pour être captée et traduite par nos récepteurs.
- Pfiou! Je ne comprends pas toute cette histoire de réception et de flux, mais je crois que j'ai saisi le principal... Par-contre, la console à aussi des connaissances que l'on ne peut pas trouver dans un esprit humain... Les adresses, les numéros de téléphone... A l'ère de la téléphonie mobile plus personne ne s'intéresse à retenir ce genre d'information... Comment faites vous pour entrer tout ça dedans?
-Oh, mais nous ne nous contentons pas de cela... Les relais nous aident surtout à suivre des événements précis, à établir une surveillance d'individus par exemple. Mais pour le reste, nous avons entré la majorité des documents de la tour dans la base de donnée de la console. Pour le reste " numéro de sécu, de téléphone, de pièces d'identités etc": Vive internet!
-Internet... Tu veux dire le web humain?
-Biensur! Me répond-il en souriant, le coude sur le comptoir, le menton dans la main et le regard vissé sur le col de mon blouson.
Je ne peux plus cacher ma stupéfaction:
-Mais je croyais qu'on ne s'en servait pas?
-Evidement! Nous faisons des mises à jour régulières et trions les informations à votre place, du coup l'internet humain devient absolument inutile. C'est juste un gadget, un océan de bêtise dans lequel se cachent quelques perles de sagesse que nous trions pour vous.
-Ouaw! Impressionant, c'est un boulot de titan! Je regarde le petit homme avec plus d'attention, il a l'air faible, méprisable et insignifiant. Mais il m'apparaît soudain évident que ce visage, n'a jamais exprimé le doute, la peur ou la servitude.
Il a un sourire fièr et se redresse un peu ce qui lui fait gagner deux centimètres, il m'adresse un regard en coin qui frôle mes paupières avant de changer de direction pour fixer ses ongles. Il reprend:
-Enfin, faut pas exagérer, le web humain c'est assez marrant à éplucher!
Il se détend et ça tombe bien, je meurs d'envie d'en savoir plus, j'ai jamais eu l'occasion de visiter le web humain...
-Ah oui? J'ai toujours eu la curiosité d'y aller mais, en tans que démon intermédiaire je n'ai pas d'accès à la console en dehors des heures de bureau et le web m'est interdit durant mes heures de travail... La galère!
-Tu ne sais pas contourner la surveillance générale c'est ça? Il regarde ses doigts tracer des ronds gras sur le comptoir brillant, un sourire malicieux au coin des lèvres.
Je demande en baissant le ton:
-Y a un moyen de la contourner?
-Oui, évidemment.. Il suffit que tu te connectes à la source, sur la même borne qu'un démon supérieur, personne ne s'en appercevra !
-Et je fais ça comment? Je m'appuie un peu plus face au comptoir, mon visage à la hauteur du sien.
-Il te faut son accès personnel... Là ça dépend si t'as une préférence, mais nous on utilise celui de Lucifer... Si tu veux je te le passe...
Je me relève l'air suspicieux, après tout je ne le connais pas ce type!
-Pourquoi tu ferais ça? Tu vas me balancer?
-Pourquoi faire? Excès de consommation de connerie humaine sur le web? Non, j'ai aucun intérèt à faire ça... Ils te demanderaient comment tu as réussi à y accéder et je serais dans la merde aussi. Tu veux savoir une chose, je peux t'aider... Je t'aide! Il lève légèrement les mains et les sourcils en signe de sincérité, mais il fixe toujours le col de mon blouson au lieu de mes yeux.
Je m'exclame:
-Faut pas me prendre pour un con ! Je sais que j'ai une gueule de pigeon, on me le répète assez souvent, mais je suis pas assez débile pour pas voir qu'ici c'est loin d'être Disney-land ! Et toi tu ressembles pas à Mickey ! Je ne m'attends pas vraiment à ce qu'on me rende service sans raison, juste pour être simpa! On est pas amis, je ne t'ai même pas encore dit mon nom...
Je suis énervé, je devine que Belaam tente de profiter de la situation pour m'attirer des ennuis, celui là s'est montré plus malin que les autres attardés du département de la luxure, mais le but du jeu est toujours le même: « A mort le pigeon !».
Il reste calme et continue de sourire, l'ironie de son ton est presque carressante lorsqu'il reprend la parole:
-Donc... Je vais avoir du mal à te dénoncer si je sais pas qui tu es... Je vois que t'es beaucoup renseigné sur les humains en tout cas! Très adaptée ta remarque sur le parc d'attraction! Une petite préférence pour la France ?
Il rigole. Une colère froide m'envahis.
-Laisse tomber! Tu as accès à toutes les connaissances de la terre et des enfers et tu ne sais pas à qui tu parles? Prends moi pour un con!
-Effectivement Uraziel, tu passeras mes amitiés à ton chef, mais si ça peut te rassurer... Je voulais juste me rendre utile.
Il me jette un coup d'oeil rapide avant de tourner son regard vers le bout de ses doigts qui traçent toujours des ronds gras, mais là j'en suis sûr, il a fixé mes pupilles de ses iris vert de vase.
Je reste sans rien dire, je ne sais pas trop quoi faire, dans un sens c'est complètement stupide de prendre autant de risques pour quelque chose de si futile. Et puis d'un autre, j'ai toujours eu une grande curiosité pour l'humanité et la perspective de fouiner dans leurs dossiers me plait un peu trop pour la rejeter définitivement. Belaam s'agite soudain, il décolle ses mains du comptoir et se dirige vers la grosse caisse de fer posée un peu plus loin, il l'examine rapidement puis il la pousse vers moi en disant:
-Tiens, c'est pour ton chef!
-Humf...
-De rien... Je t'enverrais quelques infos supplémentaires... Et puis tu en feras ce que tu veux! Tu vois... Pas de magouilles, il te suffira de montrer mon message si tu te fais choper à surfer sur des sites pornos... Au pire on aura une semaine de turbin supplémentaire, c'est pas la mort!
Je ne réponds pas et embarque la caisse. Putain ce qu'elle est lourde!
C'est hors de question que je me tape le retour à pied, maintenant que je sais exactement où aller...
Je me concentre « couloir des vaniteux, bureau 4 », je sens mon corps se mêler aux vibrations des sphères, mais quelque chose cloche, la caisse ne semble plus attachée à la même fréquence que moi, je m'éffondre sur le sol de marbre. Le poids de la caisse me broie les côtes.
Belamm s'esclaffe, plié en deux, les poings frappant le comptoir il semble assister au spectacle le plus drôle de sa vie.
Sa voix grinçante secouée par son hilarité, il articule avec peine:
-Tu ne ... pensais pas HAHAHA!!! Tu ne pensais quand même... quand même pas que tu pourrais... HéHéHé!!! Que tu pourrais te téléporter avec des documents de cette importance!
Il essuya une larme de rire en s'efforçant de recouvrer son calme puis continua:
-La malle a été sécurisée pour ne pas être téléportée, ça garantit la confidentialité des documents qu'elle contient! A ton avis, pourquoi on éviterai de mettre ces infos sur la console si on pouvait bêtement venir chercher la malle et la téléporter n 'importe où... HouHouHouHou, HAHAHAHA... Il s'exclaffe à nouveau, tapant du poing sur le marbre il semble impuissant face à ce surprenant fou-rire.
Je déteste qu'on se foute de moi, mais je reconnais que je n'ai pas fait preuve de finesse. A nouveau sur mes pieds je lève l'énorme caisse et l'effort me tire un souffle plaintif, je vais souffrir pour la ramener jusqu'au couloir des vaniteux.

*** *** ***

J'ai trop mal aux bras, mon dos est en bouillie, il est temps que je pose cette foutue caisse. Mon patron n'est pas là son bureau est fermé et moi je me retrouve avec une putain de boite en fer dont je ne sais pas quoi faire. Je me dirige machinalement vers mon bureau.
La porte du numéro quatre m'apparaît comme le symbole du repos mérité. Je pose mon fardeau dans un gémissement. Je clenche et je pousse du pied cette saleté de boite à l'intérieur puis je referme la porte sur moi. Sur ma table de travail deux petites surprises m'attendent, l'une d'elle est un mot griffonné à l'encre rouge, encadré de quatre gribouillis noirs doté de pattes: « Tu vas souffrir minable Raziel ». Je soupire:
-Ouow, j'ai peur... Peuvent pas changer de disque?
Raziel n'est pas une faute d'orthographe sur mon nom, c'est une insulte! Ce mot désigne le plus immonde des traîtres... Et un démon doté d'une paire d'ailes d'ange, comme moi, ça provoque souvent ce genre d'injures !
A côté du mot, une lettre est posée à mon attention, elle porte un sceau que je ne connais pas. Je la lirai plus tard, je me concentre « Dortoire intermédiaire chambre 1».

(Fin du chapitre 2 )


Dernière édition par le Lun 10 Déc - 8:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://sylaphianes.site.voila.fr/index.html
Nelofer
Admin
avatar

Féminin
Nombre de messages : 189
Age : 36
Localisation : Rouen (76)
Perso préféré dans "Syla"? : Bonne question, peut être Fréo!
Date d'inscription : 05/01/2007

MessageSujet: Re: Confessions d'un ange (version finale, j'espère)   Lun 10 Déc - 8:41

Chapitre 3: Jouer n'est pas tricher



Le net humain en enfer, c'est comme le golf sur terre, une distraction de patron! On s'en contrefiche que ça nous plaise ou non, que ce soit chiant et inutile... Si tu as la carte d'accès au club c'est que tu fais partie des gagnants et finalement, y a que ça qui compte.
Je me suis toujours intéressé aux humains, ils sont futiles et naïfs; rafraichissants.
Le cul enfoncé dans le rembourrage de mon tabouret tournant, les yeux sur mon écran, je suis comme subjugué par l'accumulation de niaiseries que je parcours du regard. Après les sites officiels des clubs de foot et les sexe-shop en ligne voilà que je découvre les blogs... Y a vraiment de tout et beaucoup de n'importe-quoi. On peut sans problème les classer par catégories. Mes préférés sont les plus délaissés: Les artistes.
Ecrivains, peintres, dessinateurs, ils dévoilent la richesse de l'âme humaine... Mais apparemment, tout le monde s'en fout...
C'est normal que mon boulot soit si facile, l'humanité est totalement bouffée par la vanité et l'égocentrisme. Je pleins Zech!
Je me demande si ces blogueurs compulsifs sauraient reconnaître une exclu si on leur servait sur un plateau... Si un immortel venait à écrire son histoire sur l'un de leurs blogs, est-ce que les humains le croiraient? Est-ce qu'ils y prêteraient seulement attention? Sans doute que non... L'idée me chatouille, les doigts me démangent... je fixe du regard le formulaire d'inscription pendant qu'une grosse voix gronde à l'arrière de mon crane: «première loi divine: Ne jamais imposer notre existence aux mortels».
Les lois de Dieu se sont effritées ici, Lucifer en a supprimé quelques unes, mais celle-là est toujours soumise à l'autorisation du P.D.G de l'Enfers. Je serais très étonné qu'il me permète de faire ma petite expérience sachant que pour avoir cette idée j'ai utilisé des codes volés.
Je baisse le regard vers la lettre dépliée qui s'ouvre devant moi. Dans le coin gauche de la lettre le même sceau que celui qui cachetait l'enveloppe, un demi-cercle dans un rond le tout entouré d'un tas de symboles bizarres. Une écriture étriquée éclabousse la page de pattes de mouche que je décrypte une fois encore pour me donner le temps de réflechir:
Cher Uraziel,
Comme je te l'ai proposé, je te fais parvenir plusieurs codes d'accès au web-humain.
Il te suffit de recopier l'un de ces codes pour y accéder. Ces codes peuvent changer, si c'est le cas, reviens me voir. Ces codes permettent aussi d'obtenir des documents privés appartenant aux propriétaires des codes, je te déconseille d'aller fouiner dedans, ces documents sont protégés.
Pas de blagues!
-Lillaka
-Baal Zeboul
-Shaytân G 18:20-21
-Bealiah
-Hybris Deus
Comme disent les humains: « Bon Surf! »
Belaam
Allé je me lance! J'ai besoin d'une adresse e-mail. J'ouvre une seconde page pour chercher un fournisseur de courriel. Si l'on découvre mon petit manège je risque de me faire étripper!
De toute manière il y a fort peu de chance que quelqu'un tombe dessus, à part Belaam bien-sur. Mais il me couvrira pour éviter que sa petite trahison soit dévoilée à Phénix. Je suis tranquille!
Pseudo: Uraziel...
Je repense à Belaam en terminant mes inscriptions simultanées, une semaine de turbin supplémentaire avait-il dit...
S'il avait su ce que je ferais de ses mots de passe, je ne suis pas sûr qu'il me les aurait filés.
Je valide et je ferme mes fenêtres, j'attrape la lettre de Belaam et la fourre dans ma poche au moment où la porte de mon bureau s'entrouvre sur un visage familier.
Il se tient dans l'embrasure, dans une posture décontractée qui détonne avec son costume chic de jeune patron branché.
Sa voix douce et profonde caresse alors mon coeur.
-Qu'est-ce que tu fais?
Et dire qu'il s'agit sans doute du plus cruel des démons. Même Lucifer n'est pas aussi dangereux que lui!
Là, je m'apprête à lui mentir...
Je me dois d'être convainquant, je prends un air las pour lui répondre:
-Je cherchais plus de renseignements sur le dossier que tu m'as confié. Mais je ne trouve rien...
Il verrouille son regard d'azur dans le mien, un sourire aimable et enfantin embelli davantage son ravissant visage. Je ne comprends plus les sentiments qui m'assaillent lorsqu'il est avec moi. J'ai longtemps pensé qu'il était mon ami, mais j'ai compris un jour que l'amitié ne fait pas partie des impératifs de Bélial. Malgré que je sache cela, sa grandeur illumine mon existence.
La vibration basse du timbre de mon chef emplit de nouveau mon bureau de résonances cotonneuses dans lesquels je me prélasse:
-Ne t'inquiète pas mon cher Uraziel... Tu es allé chercher mes documents? Où est le coffre scellé?
Un sourire détends mon visage et je réponds:
-Juste sous la fenêtre, à côté de tes pieds. J'espère que les renseignements que contient ce gros bloc de fer te seront utiles parce que j'en ai sué pour l'amener jusqu'ici.
Peu de gens peuvent se permettre de le tutoyer, ceux qui peuvent lui faire des reproches voilés le sont encore plus ! Malgré ma position très basse dans la hierarchie de l'enfer, je fais parti de ces très rares personnes, et c'est sans doute la plus grande de mes fièrtés !
Il étire ses lèvres en un sourire fripon. Devant moi, toujours dans l'embrasure de la porte, il relève innocemment une courte mèche de cheveux bruns qui lui tombe dans les yeux puis répond:
-Je pense que tu ne seras plus obligé de te rendre à la tour pour moi... D'après mes toutes dernières recherches, il semblerait que toutes les informations dont j'ai besoin soient consignées dans cette malle.
Il fait une pause, puis taquin il reprend:
-Ne croies pas que tu pourras te reposer! Nous aurons deux fois plus de travail lorsque j'aurais trouvé ce que je cherche exactement.
Sans réfléchir, une question déplacée franchit mes levres:
-Et qu'est-ce que tu cherches « exactement »?
Il soulève les sourcils et remonte un coin de son sourire, il semble agréablement surpris par mon impertinence. Ouf! Je déteste le contrarier.
-La curiosité est un vilain défaut! Me lance-t-il en m'adressant un clin d'oeil complice.
Il ajoute:
-Tu le saura bien assez tôt! En attendant, tu veux bien me sortir tous les documents traitant de la chûte de l'influence du christianisme du 19ème siècle à aujourd'hui?
Comment désobéir à cette intonation vibrante qui traverse mon corps?
Je tente maladroitement de prendre un air un peu bougon lorsque je lui réponds:
-Pfff! J'ai encore pour trois heures d'impression pour que ça termine à la poubelle...
Mais Bélial n'est pas dupe, il me sourit avant d'attraper la lourde caisse d'une main. Sans effort il la soulève puis un clin d'oeil plus tard il disparait, la porte se refermant doucement sur son costume dernier-cri.

*** *** ***

Je traverse d'un pas rageur le couloir des vaniteux et passe devant la porte de mon bureau sans ralentir. Cette saloperie d'imprimante est encore tombée en rade! Comme si en enfer on ne disposait pas d'assez de connaissances et de magie pour que tout fonctionne correctement! Mais non, c'est tellement mieux de laisser les assistants se taper tout le boulot à la place des techniciens! Il va encore falloir que je demande une autorisation pour faire appel à un réparateur extérieur au département et comme par hasard le chef du service est encore absent. Je déteste déranger Bélial pour une connerie pareille! Il va sauter de joie c'est certain.
Je m'apprête à frapper à la porte de son bureau lorsque je perçois des éclats de voix à l'intérieur. La porte n'est pas complètement fermée. Qui peut avoir l'audace d'élever le ton face à lui? Je me retourne pour voir si personne ne m'observe et je colle mon oeil contre l'interstice. Mon champ de vision est vraiment réduit, un grand démon noir me tourne le dos, face à Bélial qui s'est levé de son trône de cuir pour mieux toiser l'imprudent.
Je m'attends d'un instant à l'autre à ce que le démon noir s'agenouille, implorant, aux pieds du bureau verni de mon idole. La délicatesse légendaire de Bélial donne souvent ce genre de résultat !
Je souris intérieurement en imaginant cette nouvelle victoire, fantasmant qu'un jour je serais capable moi aussi d'inspirer la peur et le respect à toutes ces brutes barbares qui peuplent l'enfer à la seule évocation de mon nom!
Bélial ne se met pas en colère. A ma grande stupeur je perçois en lui comme une légère contrariété. Il s'adresse alors au démon devant lui:
-Mais qu'est-ce que tu veux que j'y fasse?
Une voix emprunte de colère, lisse et profonde s'élève alors dans la pièce.
-Tu est le plus proche de ses proches, le favoris parmi ses favoris! Il t'écouteras!
Je reconnais cette voix, je ne sais plus à qui elle appartient, mais je suis sûr de l'avoir déjà écouté il y a longtemps!
Bélial semble presque dégouté:
-Il ne m'écoute pas plus que toi! Il n'écoute personne! De plus... Je ne tenterais rien qui soit à l'encontre de ses projets. N'insiste pas!
Le grand démon noir éclate d'un rire sans joie.
-Mais toi non plus ça ne t'enchante pas n'est-ce pas? Demande le démon sous-entendant quelque-chose que je ne comprends pas.
Bélial le transperce du regard. Soudain habité par une colère glaciale, de sa voix la plus grave il articule nettement:
-Fais attention! Ceux qui se jouent de moi ne survivent pas assez longtemps pour le raconter! Je me fiche que nous ayons été amis, où que nous ayons traversé les mêmes douleurs! Nous ne sommes pas égaux! La seule chose que je pourrais faire pour t'aider c'est d'aller botter l'admirable postérieur de la garce qui te sert de femme. Je ne suis pas spécialiste en thérapie de couple! Maintenant tu débarrasses mon parquet de ta présence princière et n'y remet pas les bottes avant d'avoir reçu une invitation officielle!
Quel panache! J'adorerais rembarrer les autres comme ça moi!
Le ton menaçant, l'autre chuchote alors à l'intention de mon héros:
-D'autres m'aideront peut-être. Et tu le regretteras!
Bélial se fige un instant. Son visage semble impassible, mais moi je sens le danger se profiler. Ses sourcils, légèrement froncés, dessinent une ombre assassine dans son regard soudain semblable à deux cristaux de givre bleu.
-Ne me menace pas! Murmure-t-il en détachant soigneusement les syllabes. Le ton calme qu'il prend est plus inquiettant qu'un chant de guerre.
L'immense démon noir recule doucement vers la porte, je voudrais voir son visage, mais je n'ai pas le temps de satisfaire ma curiosité. J'ai l'impression que je dois fuir avant que l'immense démon noir ne me dévoile en ouvrant la porte. Mon tour d'espionnage peut me garantir un face-à-face avec un Bélial furieux, plus redoutable que jamais.
Doucement je recule puis, le plus discrètement possible, je me retourne et je cours sur la pointe des pieds vers le fond du couloir. Finalement je devrais pouvoir me débrouiller tout seul pour imprimer ces fichus dossiers...

(Fin du chapitre 3)[i]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://sylaphianes.site.voila.fr/index.html
Nelofer
Admin
avatar

Féminin
Nombre de messages : 189
Age : 36
Localisation : Rouen (76)
Perso préféré dans "Syla"? : Bonne question, peut être Fréo!
Date d'inscription : 05/01/2007

MessageSujet: Re: Confessions d'un ange (version finale, j'espère)   Lun 10 Déc - 9:28

Chapitre 4: Comme un pigeon dans un jeu de quilles


Internet humain,blog intitulé « Les confessions d'un ange », administré par un certain « Uraziel »:
Enfer, XXI siècle, Introduction aux confessions:
Si vous n'avez pas lu mon profil, je vais vous proposer un rapide tour d'horizon de mon univers et de ma personnalité. Histoire que vous compreniez à qui vous avez affaire... De toute manière sur les blogs, la plupart des gens ne parlent que d'eux-même, ça ne doit pas beaucoup vous changer.
Je suis Uraziel, un des premiers anges déchus, j'aimerais bien quitter l'enfer un jour et même peu-être rejoindre le paradis ! Après tout, je suis sans doute celui qui mérite le plus d'y retourner ! Pourtant je suis d'une totale fidélité à mon ami et patron qui est peut-être le pire démon - à part Satan - que l'enfer eu abrité en son sein infesté.
Paradoxal?
L'enfer est bourré de paradoxes.
Pour exemple prenez Bélial, aujourd'hui un des plus vicelard, des plus cruel et des plus insensibles démons, Sans doute le plus grand des manipulateurs, éprouve un amour inconditionnel pour Lucifer à qui il voue son existence entière et l'allégeance la plus totale.
Je suis l'assistant de Bélial... Je bosse dans le département des manipulateurs et mon job c'est de semer la vanité dans le coeur des hommes.
C'est chiant... Mais ça pourrait être pire. D'ailleurs, ça risque de le devenir car Bélial ne cesse de faire d'étranges recherches et je ne descends plus beaucoup sur terre. A force de faire des allés et retours entre mon bureau et l'imprimante, j'ai l'impression de n'être plus qu'une secrétaire.

Non non, je n'essaie pas de vous tromper avec des contes à dormir debout, juste pour retenir votre attention sur moi... Je ne suis pas ici pour tester ma popularité, je viens pour partager mon histoire, je souhaite soulager ma mémoire de ces trop nombreux souvenirs qui rongent ma conscience.
J'ai cherché longtemps le nom de ce blog, et puis c'est venu, comme une évidence « Confessions d'un ange ». Cela me semble tout indiqué non?


*** *** ***

Je relis soigneusement le premier message blog de ma vie, je viens de le poster et je ne suis pas sûr d'être crédible...
Est-ce qu'ils me croiront ?
Je ne pense pas, mais tans pis.
La porte de mon bureau s'ouvre soudain à la volée. Une bourrasque aplati mes cheveux hirsutes, alors que d'un clic je me dépêche de faire disparaître le blog de mon écran.
Je devine l'identité de l'intrus et je me tourne vers lui, Bélial ne sourit pas. Sa décontraction habituelle semble avoir mis les voiles:
-Qu'est-ce que tu fais? Me demande-t-il sèchement.
A-t-il eu le temps de voir la page internet avant que je ne la referme? Sans réfléchir davantage, je réponds aussitôt:
-Rien...
Il jette un rapide coup d'oeil à une feuille qu'il tient à la main puis il reporte son attention sur moi, il me fait peur! Son expression est presque menaçante lorsqu'il me balance:
-Tans mieux! J'ai besoin de toi!
Je l'ai rarement vu si énervé, je me rappelle sa dispute avec le grand ange noir, pourvu qu'on ne m'ait pas surpris en train d'écouter à la porte! Un peu tremblant, j'essaye de ne pas montrer mon inquiétude. C'est difficile! Le ton peut-être un tantinet trop complaisant je réponds:
-Oui, que veux-tu que je fasse?
Le visage fermé, les sourcils froncés, il me considère un instant sans rien dire. Un silence nous sépare comme un mur de plomb. J'espère que je n'en suis pas responsable! Puis, avec la tendresse d'un iceberg, il me lance:
-Suis-moi!
Je me lève de mon tabouret, tel un chien qu'on réprimande, je sens que j'ai l'air con! Et sans prendre la peine d'éteindre ma console, je lui emboîte le pas. J'ai pas envie de le faire attendre!
Alors qu'il plonge déjà dans le couloir et que la porte se referme doucement, je tire sur elle avant qu'elle ne se clenche. Gentil petit animal dressé que je suis, je rattrape mon chef en trottinant derrière lui...

D'un pas rapide il semble se diriger vers son bureau.
Qu'est-ce qui se passe là-bas? Un peu plus loin, une foule compacte s'est rassemblée dans le couloir, non loin du bureau de Bélial. Je me hâte un peu pour venir à la hauteur de mon supérieur qui continue à marcher, inexpressif, ses sourcils projetant sur ses iris une ombre légère, insuffisante pour ternir l'éclat céleste de son regard d'azur.
Il est beau, il a la classe, il est inquiétant, il est redouté: je voudrais être comme lui!
La foule n'est pas seulement composée des employés du couloir, d'autres départements ont aussi envoyés leurs fureteurs pour se renseigner sur l'origine de cet embouteillage.
-Mais qu'est-ce qui se passe ici?
Il me semble que mes pensées ont soudain franchi la barrière de mes lèvres.
-Ils sont venus admirer des graffitis. Me répond-il l'air grave.
Bélial confirme alors mon impression. D'une voix terriblement monocorde il ajoute:
-A mon sens, les auteurs n'ont aucun talent! Ces barbouillages sont dignes d'un humain de 4 ans!
Il esquisse un sourire en coin, je ne suis peut-être pas la cause de son mécontentement. Sans y penser, je relache d'un coup l'air que je gardais coincé au fond de mes poumons, libérant un long soupir de soulagement. Bélial me sourit franchement:
-Tu avais quelque chose à te reprocher?
Ma tête chauffe comme mille bouilloires, mais tandis qu'il pousse déjà les premiers intrus pourdégager notre passage je réponds:
-Non non rien mais...
AÏE!
Une douleur fulgurante me traverse l'aile gauche, je viens de me prendre un coup, par réflexe j'étire mes ailes. Dans un froissement sonore leurs extrémités raclent les murs de pierre et je cogne accidentellement deux démons qui décident de passer au même moment. Décidément, moi qui espérais passer inaperçu! Je me retourne pour tenter de m'excuser:
-Oh pardon! Je suis dé...
Plusieurs démons me montrent un poing vangeur en s'éloignant discrettement du site! Sans être expert je lis sur leurs lèvres les insultes et les menaces qu'ils n'osent pas prononcer devant Bélial.
D'autres l'ont apperçu aussi et choisissent la fuite, ils s'applatissent contre les murs et marchent en crabe... pour se fondre dans la pierre sans-doute... Le bouchon est déjà moins compacte quand le chef du service sort de son bureau. Il apperçoit l'attroupement, puis le graffiti, et enfin Bélial arriver vers lui... Ses yeux s'agrandissent de terreur et d'une voix de stentor, il se met à hurler à l'adresse du troupeau:
-Retournez dans vos bureaux, remuez vos immondes carcasses, bandes de fouines sans honneur! Si je vois l'un d'entre vous devant ce mur lorsque je ressortirais de mon bureau, je l'amène devant Lucifer!
La foule semble écouter la voix de la sagesse. Tous savent à quel point il peut être dangereux de provoquer Lucifer! Les démons se détachent les uns des autres, se percutent et s'insultent en se dirigeant vers leurs bureaux respectifs l'air anxieux. Ce qui ne semble pas du tout convenir à Bélial qui prend soudain la parole, calme et souriant, mais plus sardonique que jamais:
-Ou peut-être préférez-vous avoir affaire à moi?
La foule soudain affolée par cette perspective se disperse comme une volée de moineau! Ce mec est génial! Ah Bélial, pourquoi ne cherches-tu que le moyen de briller aux yeux de Lucifer quand je sais que tu es de loin le plus puissant immortel que l'enfer eu acceuilli?
Ma curiosité dirige mon regard vers le mur que Bélial vient d'interdire. Un gros carré de peinture occupe une bonne partie du mur. Des symboles incompréhensibles sont écrits en noir par une main maladroite ou tremblante, faut dire qu'il faut un sacré cran pour venir provoquer ainsi Bélial sur son domaine.
Une couronne d'or à la place du titre, des bestioles volantes aux quatre coins et de la peinture rouge pour le fond, histoire que ce soit bien visible... Ou peut-être comme symbole révolutionnaire. A y regarder de plus près... Les symboles ne sont pas si incompréhensibles en fait, c'est juste très mal écrit! On peut y lire:

Nous réclamons la liberté!
Les lois immortelles de « l'autre » ne nous concernent plus!
Cependant, on nous oblige à en respecter la majorité!
Nous devons créer nos propres règles et abolir les autres!
Lucifer dirige l'enfer comme un poltron!
Notre roi n'en est pas un, c'est une raclure de diplomate!


Pas de signature...
Je comprends mieux l'irascibilité de Bélial, même si ce message m'est indifférent. Que Lucifer ou un autre gouverne les enfers, ça ne changera rien pour moi! Mais si Bélial veut faire disparaître ce rebèle tagueur, alors je l'y aiderais!
Il tient la porte de son bureau ouverte devant moi et j'entre dans la vaste pièce. Il y fait sombre, mais à la lueur de quelque rares bougies je devine les meubles de cet endroit que je connais bien. Aussi loin que possible de la porte, tout au fond, le trône de cuir gravé est précédé du grand bureau de bois noir laqué. La pièce est modèrne, plusieurs bibliothèques et des vitrines s'alignent sur les murs. Elles sont remplies de livres et d'objets rares et précieux. Une décoration recherchée sans surcharge, élégante et un peu prétentieuse. A ma gauche, un long matelas recouvert de cuir blanc agrémenté de nombreux coussins de velours et de soie en rouge et noir. Des poufs coordonnés entourent une petite table en verre que j'ai déjà vu s'illuminer de toutes les couleurs. C'était lors d'une soirée privée où j'avais été convié... pour servir les cocktails...
-Avances donc! Bélial me rappelle à lui.
-Oh oui, excuse-moi...
J'avance de quelques pas, mes baskets s'enfoncent dans la moquette épaisse et noire en produisant un léger frottement synonyme de confort.
-Tu ne semble pas en forme. Tu es souffrant? ...
Pas encore... Je décide néanmoins de ne pas partager mes pensées avec lui et je garde le silence.
Une lumière solaire, aveuglante, embrase toute la surface du mur du fond. Il vient d'activer un système permettant de simuler la luminosité d'une journée d'été. Idéal pour ne pas déprimer lorsqu'on est enfermé toute la journée dans une pièce sans fenêtres.
Il reprend en s'asseyant sur son trône:
-Bon, plus sérieusement... Assied toi!
Y a pas que sa phrase qui est sérieuse, il me regarde avec gravité. J'approche une chaise parée d'un coussin de velours et je m'assois dessus en déployant à demi mes ailes pour qu'elles ne s'écrasent pas contre le dossier en bois sculpté. Je déteste les chaises! C'est vraiment pas adapté aux anges! Les reliefs du dossier me rentrent dans la peau et font craquer mes rémiges. Je vais encore avoir l'air de sortir d'une tornade, les plumes toutes ébouriffées, lorsque je sortirais d'ici! Si j'en sors...
Derrière-moi je devine la grande baie-vitrée qui sépare le bureau de Bélial de celui du chef du service des vaniteux. Est-ce qu'il regarde à travers la vitre en ce moment? Si Bélial me passe un savon, je suis sûr que les autres le sauront!
Bélial me glisse sous les yeux la feuille qu'il avait dans la main en frappant à ma porte. Pourquoi ne me l'a-t-il pas donné dans mon bureau? Je le regarde étonné et il m'encourage à la regarder d'un signe de tête.

Cher ami,
Les informations que tu es allé quérir pour moi m'ont bien servi. Je pense que mes doutes étaient fondés et que son influence s'éteindra progressivement s'il ne tente rien pour raviver l'enthousiasme qui maintient ses faibles troupes dans la pénombre, plus que dans la lumière.
Avec l'aide de Phénix, j'ai pu évaluer une époque idéale pour commencer les recherches concernant ses projets privés. Et il semble que mon instinct n'ai rien perdu de sa finesse, une dizaine d'année de plus et mon divin plan se serait transformé en regrettable projet avorté. J'aurais dû ordonner une période de guerre et sans doute plusieurs de mes légions y auraient perdu leur tête. Mais un tel affrontement ne nous garantirais pas le succès que je prévois. Et il ne peut être obtenu grâce à un simple déchainement de force brute. Je sais que beaucoup de mes sujets seraient ravis de participer à un si grande bataille, moi-même cela me brûle les ailes!
Je n'en perds pas mon sens de l'humour pourtant...
Tiens, d'ailleurs, qu'en est-il de ton petit ange? Se porte-t-il bien?
Peut-être pourrait-il t'aider à effectuer les nouvelles recherches que j'aimerais que tu fasses pour moi, car le temps presse.

Je sais que tu es le meilleur pour cette mission, le plus grand des manipulateurs, le plus astucieux des menteurs et le plus séduisant des tentateurs. A part moi évidemment!
Nous recherchons une femme, entre 15 et 25 ans, physique et origines inconnues mais je possède quelques indices pour la retrouver. Lorsque tu auras réduit le cercle de recherche à seulement quelques potentielles tu me feras un rapport. Ensuite j'aviserais.
Je sais que ma requête manque de clarté, mais avec tous ces raziels dans les couloirs, je préfère garder mes conversations privées pour la salle du trône, où je t'attends pour te donner plus de précisions.

LUCIFER

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://sylaphianes.site.voila.fr/index.html
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Confessions d'un ange (version finale, j'espère)   

Revenir en haut Aller en bas
 
Confessions d'un ange (version finale, j'espère)
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [15DEC09][Version Finale]FAR 2.22 (wm6.5.3) Orange SFR Neutre (build 28008 XDA_UC)
» [DISCUSSION] ADRENALINE version Finale - Divers -
» OPERA 10 FINALE - Version finale [MAJ 16 MARS 2010]
» [SPOILER Manga] Bleach
» LA nain du chaos ( version finale )

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Livre d'or de Sylaphianes :: Faire conaissance-
Sauter vers: